Henri de Savoye est né, le 31 juillet 1871, à Tannay, petite ville dans la Nièvre, à environ 200 kilomètres au sud de Paris.
PARENTS
Son père, Adolphe Ernest de Savoye, est né en 1830 à Blangy (Seine Inférieure). A l’âge de 30 ans, il vivait à Amiens, où il était principal clerc de notaire, afin d’apprendre son métier. Il est ensuite venu s’installer à Tannay. La mère d’Henri, Anne Charlotte Marie Aline Michel, est née à Prémery (Nièvre) en 1843, la fille de Joseph Félix Michel, le propriétaire d’un grand magasin à Tannay. Elle est décédée en 1927.
Le grand-père paternel d’Henri, Adolphe de Savoye, était « Inspecteur des Forêts de la Couronne » (c’est-à-dire des propriétés personnelles du Roi). Né à Aumale (Seine Inférieure) le 17 mars 1797, il a vécu à Compiègne et à Villers-Cotterets. Il est décédé le 6 mai 1861 à Saverne (Bas Rhin). Son épouse. Aimée Lemire, alors veuve, est allé vivre chez son fils à Tannay. Lors du décès de son père, en 1883, Henri avait douze ans. Deux ans plus tard, soit en 1885, sa mère épousa, en deuxième noce, Jules Alphonse Francis Joseph Marie Mathieu, un notaire.
LE COLLÈGE
En 1885-1886, Henri se trouve en la Classe de Troisième, au Collège de Juilly (collège réputé, fondé en 1638), situé en
Seine et Marne, à quelques kilomètres à l’est de Paris. Lors des examens de fin d’année, en juillet 1889, Henri a obtenu des prix d’Honneur et d’Excellence, ainsi de hautes notes en philosophie, en histoire et géographie, en physique et chimie, et en histoire naturelle; de plus, il y subit avec succès les épreuves orales. Et il obtint le DIPLÔME DE BACHELIER ES LETTRES, accordé par le Ministre de l’Instruction publique en date du 26 octobre 1889.
À ce moment-là, en 1889, se tenait à Paris la fameuse EXPOSITION UNIVERSELLE, avec la toute nouvelle TOUR EIFFEL. Et Henri et ses parents l’ont sûrement visité.
L’UNIVERSITÉ DE FRANCE
Admis à l’Université, Henri s’inscrit à la Faculté de Droit de Paris, année scolaire 1889-1890. Lors du premier Examen
de Baccalauréat, tenu le 8 novembre 1890, ses notes furent très satisfaisantes. Il obtint alors le DIPLÔME DE BACHELIER EN DROIT, en date du 20 septembre 1891. Et, traversant progressivement les étapes, il se présente enfin, les 5 et 6 juillet 1893, à l’Examen de Licence, qu’il passe avec succès. Et, en date du 6 septembre 1893, le Ministre de l’Instruction publique lui accorde le DIPLÔME DE LICENCIÉ EN DROIT.
EMPLOIS
Le 1er mars 1894, Henri est nommé « Surnuméraire des Contributions Indirectes, du Ministère des Finances, avec
résidence à Dijon, en Côte d’Or, au salaire annuel de 1500 francs. Et, en octobre 1895, il est nommé « Commis« , avec résidence d’Alfort, Département de la Seine.
Note: Le 20 juin 1896, Henri a reçu an Certificat Officiel constatant son exemption du service militaire pour infirmités, certificat dûment timbré par la Sous-préfecture de Clamecy (Nièvre).
Le 4 mai 1897, Henri entre à l’Administration des Chemins de Fer de l’État, à Tours, à titre « d’Intérimaire de 4iéme Classe » au salaire annuel de 2100 francs. Et, le 16 avril 1899, il donne sa démission, et cela sans doute parce qu’il n’y trouve pas de motivation suffisante.
Note: En raison de la nature de ses fonctions, Henri avait été astreint à fournir un cautionnement de mille francs.
Également, il a dû obtenir et fournir, en date du 21 décembre 1897, un « Relevé-Extrait du Casier du Tribunal de Clamecy, Nièvre », à l’effet que son casier judiciaire était sans tache. Ce « Relevé » porte le timbre officiel dudit Tribunal, la signature de son Greffier, ainsi que la signature du Procureur de la République. En plus, il y a le timbre de Tribunal Civil de Première Instance de Tours, et les timbres de deux Ingénieurs- Chefs des Chemins de Fer de l’État. (La bureaucratie!)
Il y avait à Paris, en 1900, une nouvelle EXPOSITION UNIVERSELLE, avec son Grand et Petit Palais. Et Henri et Paul l’ont visité, en y accompagnant leurs parents qui demeuraient maintenant à Paris.
PREMIER VOYAGE AU CANADA (1900)
La démission d’Henri des Chemins de Fer de l’État s’expliquerait du fait qu’en cette période-là, il serait aller écouter un « missionnaire » nommé Pierre Foursin qui faisait des allocutions alléchantes à des groupes d’ouvriers Parisiens pour les entraîner au Canada dans les régions désolées de Montmartre et du Lac Marguerite. Henri aurait été tellement intéressé qu’il se décida d’y aller faire une visite.
Donc, vers avril 1900, il part pour le Canada. Il se rend jusqu’au village d’Indian Head (région de Montmartre), à environ 40 milles à l’est de Regina. La beauté du pays l’enchante et il y voit un défi qui lui plaît. La visite faite, il retourne en France. Là, il décrit ce qu’il a vu, en fait les louanges, et encourage son frère, Paul, de l’y accompagner l’an prochain.
DEUXIÈME VOYAGE AU CANADA (1901)
Alors, en 1901, ils partent tous deux pour le Canada. Arrivés à Montréal, ils s’y arrêtent quelque peu. Là, Paul perd le goût de l’aventure et il décide de retourner en France. Alors, ils se quittent et Henri continue seul son chemin jusqu’à Indian Head. Là il commence à parcourir les environs.
LE MARIAGE
On remarque que lorsque Henri se déplace, il traîne toujours avec lui son fusil de chasse de calibre 28, une valise grise contenant caméra et accessoires, ainsi qu’une boite solide avec ses livres et documents précieux. Il est donc assez bien préparé pour affronter l’aventure.
En quittant Indian Head, Henri se dirige vers le nord et là, à peu de milles de distance se trouve la Rivière Qu’Appelle dont la vallée est magnifique. Il s’arrête dans cette région, où il fait la connaissance de Marie Tourond qui demeure avec sa mère et son beau-père à File Hills (aujourd’hui Balcarres). Elle est âgée de près de 24 ans et fort jolie. Ils se fréquentent, tombent en amour et, vers juillet 1902, ils se marient. (Mais, pour cela, Henri a dû obtenir le consentement notarié de sa mère, Charlotte Mathieu. L’Acte, passé à Paris le 26 juin 1902, porte sa signature et celles de deux témoins, ainsi que le timbre et la signature du notaire. De plus, la légitimité de ce document est certifiée par le timbre et la signature légalisante de quatre (4) « Autorités » à Paris, dont:-le Judiciaire-le Gouvernement-Ministère des Affaires Étrangères-le Consulat Britannique.)
UN LIEN HISTORIQUE
Comme dans les romans, chaque chapitre apporte son lot de surprises. De même, lors de ce mariage, Henri a appris des choses dignes d’intérêt, relativement à la Rébellion de 1885. C’est que, lorsque Louis Riel arriva à Batoche, il a formé un « Gouvernement Provisoire », comprenant un groupe restreint de « Conseillers », dont un, Gabriel Dumont, était nommé « Adjutant-Général ».
Et voici le point piquant. Un des principaux Conseillers de Riel à Batoche était le père de Marie, David Tourond (décédé en 1888). Et Marie, bien qu’elle n’avait que 9 ans à ce moment-là, elle était une mine d’or de renseignements.
Voilà quelque chose de fort intéressant. Il fallait aller à Batoche. D’ailleurs, il y avait encore là des membres de la famille, entr’autres la grand mère paternelle de Marie. Donc, en franchissant les quelque 170 milles de distance, le jeune couple s’est rendu à Batoche.
BATOCHE
C’est ici, à Batoche, le 5 juillet 1903, que Marie lui donna un fils, nommé Louis Adolphe. Quelle joie! Et il est certain que Henri a pris des photos du bébé et de Marie. D’ailleurs, aimant beaucoup la photographie, il a sans doute saisi l’occasion du séjour à Batoche pour prendre plusieurs photos et en faire cadeau. Aussi s’est il rendu photographier Gabriel Dumont.
Mais, pour vivre, il fallait mieux que cela. Entendant dire qu’il se construisait un embranchement de chemin de fer au sud-est de Regina. Henri pensa que cela apporterait de l’activité dans cette région et donc des possibilités de faire des affaires. Sitôt pensé, sitôt fait! Et la petite famille se transporta à Francis, à près de 200 milles de Batoche, et environ 40 milles au sud-est de Regina.
FRANCIS
Semble-t-il que c’était à Francis qu’Henri a fait la rencontre d’un français nommé Lucien Plisson, et qu’ensemble, ils montèrent un commerce de liqueurs. On faisait venir les éléments de base: l’alcool, les essences, les bouteilles, les étiquettes diverses, etc., donc tout le nécessaire pour plaire aux assoiffés. Mais, le fait le plus important, c’est que Marie a choisi de donner naissance ici, à un deuxième garçon, nommé George Charles, en date du 21 septembre 1904. Quel bonheur! Et on a sans doute sorti une bouteille de « Champagne » pour fêter cet événement. Mais, comme les affaires du commerce n’étaient pas prospères, Henri a décidé de déménager sa famille à quelques dix milles au sud, à Tyvan.
TYVAN
Dès son arrivée à Tyvan, au cours de l’automne de 1904, Henri a dû voir à loger sa famille. Il paraît que c’est lui qui a construit la première maison de Tyvan. Et cela avec une petite écurie à l’arrière. (Les quelques autres personnes déjà à Tyvan étaient célibataires et demeuraient dans leurs commerces.) Bien résolument, Henri organisa une cour à bois de construction, pour vendre aux nouveaux résidents que le chemin de fer devait faire venir. Également, tout en prenant des photos des environs, il annonça son studio de photographie. De plus, il aurait même ouvert une petite confiserie. Énergique et courageux, Henri a tout fait pour réussir, mais il n’y avait pas assez de monde à Tyvan pour que ça marche. Donc, en fin de 1907, il déménage de nouveau sa famille, cette fois sur une distance d’environ 280 milles, soit jusqu’à Medicine Hat, en Alberta.
En arrivant à Medicine Hat, la petite famille se loge dans une maison à deux étages, située sur une petite rue où toutes les maisons étaient pareilles.
Pour gagner sa vie, Henri s’est annoncé photographe, et sa papeterie portait l’inscription: « De Savoye Studio, Medicine Hat, Portraits, Views, Postcards, Amateur Work ». Travaillant activement, Henri photographiait tout ce qui pouvait rapporter, tels qu’un accident de chemin de fer, et le grand bateau à passagers qui naviguait sur la Rivière Saskachewan-Sud. Aussi, il en faisait des cartes postales.
Mais, à part cela, le fait de prime importance c’est que, le 5 juin 1908, à Medicine Hat, Marie a donné naissance à son troisième fils, qu’on nomma Félix Michel. Ah! Quelle joie! Et on a dû prendre plusieurs photos.
C’est vers ce temps-là qu’il est arrivé quelque chose de drôle. Tard un soir, en revenant de son studio, Henri entra chez lui, monta les escaliers et, sans ouvrir la lumière, pénétra dans la chambre à coucher…de ses voisins. Imaginons la confusion, les excuses profuses, tôt suivies de l’hilarité générale. Henri s’était simplement trompé de maison!
Quant à son travail, Henri s’est rendu compte que la photographie ne pouvait suffire pour faire vivre sa famille. Il a donc décidé de plier bagage une fois encore, pour franchir plus de 300 milles et se rendre à Edmonton.
Que de milles parcourus par Henri et Marie depuis leur mariage…un bon mille milles…et cela malgré les conditions difficiles de voyager en ce temps-là!
EDMONTON
Edmonton était une ville de grande superficie dont la population se trouvait surtout près des parties centrales. Étant la capitale de la toute nouvelle Province de l’Alberta, on pouvait s’attendre à ce qu’elle prenne de l’importance. Et c’est sans doute pour cela qu’Henri a voulu y emmener sa famille. On y arriva vers la fin de l’année 1908. La famille qui comptait maintenant cinq personnes se logea dans une petite et confortable maison, au 641 de la 113ème rue (ancien numérotage), soit assez près du centre de la ville. Et presque immédiatement Henri trouva du travail, à titre de comptable, chez un important commerçant de marchandise en gros, la « Revillon Wholesale Ltd« . Bien qu’Henri faisait facilement son travail, il le trouvait monotone et sans intérêt. Alors, vers septembre 1912, il donna sa démission.
L’ENSEIGNEMENT
Ayant reçu plusieurs demandes de leçons de français, Henri pensa que cela pouvait devenir une activité intéressante. Donc, de 1912 à 1918, il donne des leçons privées. Également, il organise des classes de conversation française, tout d’abord en 1913-1914 à la Y.M.C.A. d’Edmonton, puis également de 1913 à 1918 à la Alberta Collège North.
Vers le début de 1914, Henri déménage sa famille dans une maison nouvelle et moderne, située dans un joli quartier résidentiel, au numéro 10327 de la 122ème rue.
Maintenant voici un fait historique. Car c’est ici, en date du 8 avril 1916 qu’est née l’unique fille de la famille, baptisée France Victoire Marguerite. Bien sûr, les deux premiers noms exprimaient un vœu patriotique, vu la France en guerre.
Au cours de ces années, Henri a dû trouver des à-côtés afin d’augmenter ses revenus. Il faisait occasionnellement de la rédaction au seul journal français à Edmonton, l’hebdomadaire « L’Union ». De plus, à un certain moment vers 1915, il a travaillé chez un photographe, la McDermid Studio, à retoucher les clichés.
Et la photographie l’intéressait toujours, et cela tellement que, vers l’automne de 1917, il tenta d’ouvrir son propre studio. Mais ce projet fut coupé court par son devoir militaire.
Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous un instant pour dire que, malgré les aléas de la vie, Henri veillait constamment au bien-être de sa famille. On recevait souvent les amis et on les visitait. En belle saison, il s’organisait des pique-niques et, bien naturellement, il y avait des poses de photographie.
LE DEVOIR MILITAIRE
Henri était citoyen canadien, ayant reçu son Certificat de naturalisation, le 2 novembre 1904, de la Cour Suprême, à Regina. Cependant, selon la loi française, il se trouvait encore sujet au service militaire français. Et vu que l’état de guerre était devenu très difficile en France, le Consul Général de la France au Canada a remis à Henri, le 26 février 1917, un ordre d’appel sous les drapeaux, et de se présenter à Montréal au plus tard le 15 mars 1917.
A ce moment-là, Henri avait près de 46 ans et il était père d’une famille de 4 enfants, âgés de près de 2, 10, 13 et 14 ans. S’il avait eu 5 enfants, il aurait été exempté. Mais, en plaidant sa cause, il a pu retarder la date de départ jusqu’au 11 février 1918.
Les préparatifs de départ ne sont jamais chose facile. D’abord, la maison avait été acquise sur hypothèque, et lors de son absence, la solde de soldat et l’allocation familiale militaire ne suffiraient pas à rencontrer les versements d’hypothèque tout en faisant vivre sa famille. Donc, à contrecœur, il a dû sacrifier la maison. Il déménagea alors sa famille dans une bonne maison spacieuse, non loin de là, au 12118 de la 105ème avenue.
Et il y avait un tas d’incertitudes. En traversant l’Atlantique, son bateau éviterait-il les attaques sous-marines allemandes? En France, il y aurait la possibilité de se faire blesser ou même tuer. De plus, il n’y avait aucun moyen de prévoir la durée de la guerre. Donc, il a dû voir à une foule de choses afin de laisser à sa famille le moins de problèmes possibles.
Finalement, c’est la séparation difficile et le grand départ.Henri se rend d’abord à Montréal, puis ensuite à New York où il embarque sur un vaisseau qui l’emmené en France, et là il se fait conduire à la grande ville portuaire de Bordeaux.
BORDEAUX
Arrivé à Bordeaux en fin de février 1918, Henri est inscrit comme étant « Le soldat Etienne de Savoye, Classe de 1891, 144ème Régiment d’Infanterie, 29ème Compagnie ». Classé « auxiliaire », il est employé, dès avril, comme secrétaire au Dépôt de son régiment, bureau du Capitaine Trésorier à la Caserne Faucher.
Bordeaux est plein d’Américains. Et le soir, on voit arriver les trains pleins de blessés, tous des Américains. Au Dépôt, Henri se tient occupé. Il donne des leçons de français à des groupes d’officiers Américains. Et, chose curieuse, vu qu’il y a tant d’Américains, beaucoup de résidents désirent apprendre l’anglais. Si bien que Henri donne également des leçons d’anglais et cela même à la cuisinière; celle-ci le récompense en lui fournissant des surplus de bonne viande!
A un certain moment, il est affecté à la cuisine, pour fournir le bois. Donc, tôt le matin, il bûche pendant une couple d’heures avant le déjeûner…et cela lui permet de prendre ses repas à la cuisine, au lieu du réfectoire. Alors, il peut manger à sa faim et même prendre un verre de vin à chaque repas!
Tout le monde est gentil envers lui. Si on lui demande de faire une course en dehors, on lui dit: « Si cela ne vous dérange pas! N’y allez que si ça vous fait plaisir ». Il se sent tellement heureux que, pour un peu, il souhaiterait que la guerre dure! Et en farce, il dit que les alliés ont eu de la chance qu’il soit venu les aider à faire la guerre!
Il s’est fait un bon ami à Bordeaux, Robert Vergés, qui demeure au 26 de la rue Barthélémy. Il soupe parfois chez lui. Par beau temps, ils font des promenades en campagne pour respirer l’air frais. Partout, on ne voit que des Américains, chacun avec sa fille (française). (Et ils n’en laissent pas pour les soldats français!).
Vers le mois d’octobre, il est autorisé à se rendre à Paris, qui est à 550 km de distance. Évidemment, il apporte avec lui un plein sac de nourritures et de friandises rares. Il passe un beau huit jours chez son frère Paul et chez sa mère Charlotte. Paul tente de convaincre Henri de rester en France, mais sans succès; alors il pense accompagner Henri s’il va aux États-Unis.
Graduellement, on sent s’approcher la fin de la guerre. Et Henri prévoit qu’il y aura des difficultés lors du retour chez lui, que ça prendrait beaucoup de temps pour reconstituer une clientèle. Il écrit à son épouse que, pour faciliter la transition, il cherchera a dénicher une situation dans une institution.
Il fait alors des démarches, par l’entremise du Cabinet Civil du Ministère de la Guerre, auprès de l’Alliance Française. Celle-ci est une société reconnue d’utilité publique pour la propagation de la langue française aux colonies et à l’étranger.
En peu de temps, il reçoit les noms de deux collèges américains qui demandent des professeurs de français, dont un au Tennessee et l’autre au New Jersey. A ce dernier, il transmet sa demande d’emploi, y incluant une photo et des copies certifiées de ses diplômes et lettres d’attestation. Au bout de quelques jours, il reçoit une réponse positive d’acceptation, l’invitant à se présenter au collège, le Blair Academy. à Blairstown, au New Jersey, dès que possible.
A la veille de se quitter, un Major des U.S. Marines lui remet, au nom de tout un groupe d’officiers, une lettre de remerciements pour l’excellente instruction donnée, et cela accompagnée d’un cadeau!
Le 25 décembre 1918, Henri reçoit du Ministère de la Guerre un avis officiel de l’annulation de son sursis militaire. Et en même temps on lui remet une « Autorisation d’Embarquement sur Paquebot-Poste Français« , pour aller de Bordeaux à New York, afin de se rendre à Blairstown, New Jersey, E.U-, et ceci toute dépense payée. (Au dos, ce document est timbré et signé par trois autorités, dont: (1) Le Consulat Américain à Bordeaux. (2) Le Commissaire Spéciale du Port. (3) La 3ème Sous-Intendance Militaire à Bordeaux, livrant une réquisition de passage de Bordeaux à New York, sur Paquebot Rochambeau, partant le 8 janvier 1919.)
Dès que le Paquebot Rochambeau accosta au Port de New York, Henri se fît conduire à Blairstown. Cette petite ville, d’environ 1500 habitants, se trouve à peut-être 60 milles de New York, près du coin nord-ouest de l’État du New Jersey, sur la route secondaire « 94 », à moins de dix milles de l’État de la Pennsylvanie. Et cette ville doit sans doute son existence à la Blair Academy avec ses plusieurs édifices d’enseignement et de dortoirs.
A son arrivée, Henri a reçu un fort gentil accueil. Et vu que le deuxième semestre avait déjà débuté, il commença, dès le lendemain, a donner ses cours de français, à la satisfaction de tous.
Henri a tout de suite aimé l’endroit, le climat doux, la belle végétation et les arbres fruitiers. Il se demandait s’il devait y emmener sa famille. Mais à bien y penser, son cœur, sa famille et ses amis étaient là-bas, dans l’ouest-canadien. Il devait y retourner dès que possible, sans doute vers la fin des classes en mai 1920.
Pour faciliter le retour, Henri prévoyait la possibilité d’obtenir un poste de professeur de français dans une institution importante, telle que l’Université de l’Alberta.
Depuis déjà quelque temps, l’Université était bien au courant de ses qualifications. Et maintenant, Henri obtint l’appui de la « National Society of French Teachers » de New York, laquelle, en mai 1919, envoya au Ministre de l’Éducation de l’Alberta, une lettre de haute recommandation. Cela semble avoir eu de l’effet car, tôt après, Henri recevait une réponse favorable de l’Université, laissant entendre qu’un poste pourrait lui être offert sous peu.
LE RETOUR A EDMONTON
Vers la fin de mai 1920, le voilà revenu. Quelle joie de se trouver ensemble, et en santé! Maintenant on pourrait recommencer une vraie vie de famille. Car, durant son absence d’environ 27 mois (dont 10 à Bordeaux et 17 au New Jersey), Marie avait peiné toute seule à bien élever ses 4 enfants, et cela avec les rations du temps de guerre, et à travers les diverses maladies infantiles. Également, elle avait eu à surmonter les ravages de « l’influenza espagnol », ce fléau qui fît mourir tant de monde, même plus que tous ceux tués à la Grande Guerre de 1914-1918.
Peu de temps après, Henri a reçu l’invitation désirée, c’est-à-dire d’enseigner à l’Université. Et, vers l’été de 1921, en vue de se rapprocher de son travail, il déménagea sa famille au 10630 de la 74ème avenue. La nouvelle maison, grande et comfortable, était située au sud de la rivière, à près de 25 minutes de marche de l’Université. Et cette marche fournissait à Henri l’occasion de prendre un peu d’exercice.
A propos d’exercices…il faut dire que Henri a toujours cru aux bienfaits des exercices de tous genres. D’abord, du côté physique, il faisait de la marche, du jardinage, et même un cinq minutes de gymnastiques matin et soir. Pour le mental, il s’inventait des suites d’exercices de réflexion. Puis, quant au spirituel, il aimait passer quelques moments à faire de la méditation théosophique. D’ailleurs, en 1924, il s’est fait inscrire membre de « The Theosophical Society » dont le siège social était à Madras, en Inde. Marie le taquinait souvent sur son appartenance à cette société car elle, bonne catholique, n’y avait aucune confiance.
LE PROFESSORAT..ET ACTIVITÉS CONNEXES
Évidemment, le début d’Henri au professorat ne lui causa aucun problème. Et il va sans dire que son caractère et ses succès dans l’enseignement lui ont rapidement mérité le respect de tous les membres supérieurs de la Faculté des Arts et Sciences de l’Université.
Tout en enseignant, Henri resta continuellement en contact avec les milieux francophones, notamment avec l’Association Canadienne Française de l’Alberta, soit la « A.C.F.A. ».
A ce propos, il s’occupa beaucoup d’une section, « LE CERCLE JEANNE D’ARC », dont un but principal était d’encourager l’étude du français dans les écoles où il se donnait certains cours de français à des francophones. Cet encouragement s’effectuait au moyen de concours littéraires annuels, et les gagnants recevaient des « Diplômes » décernés par le Cercle Jeanne d’Arc et des prix, de beaux volumes français.
(L’auteur de la présente Biographie a lui-même obtenu quatre tels diplômes, en 1922, 1924, 1925 et 1926; tous portent les signatures des Officiers du Cercle, soit: « Le Président, Alex Lefort » et « Le Président de la Section Littéraire, Henri de Savoye ».)
(N.B.: Alex Lefort était à ce moment-là le Gérant de la Banque Canadienne Nationale, à Edmonton. Plus tard, il fut appelé à assumer un poste élevé au siège social de la banque à Montréal.)
Vu ses diverses activités, Henri était souvent appelé à prononcer des « causeries », soit à des groupes de professeurs de français, soit au « French Club » de l’Université, soit aux réunions locales de l’A.C.F.A., etc.
Également, l’attachement d’Henri à la cause du français en Alberta le porta à examiner quel était le « statut juridique » de cette langue en ce milieu. A ce propos, il prépara une série de notes concises qui tracent, à travers les divers actes, lois et amendements pertinents, de 1759 jusqu’à vers 1925, la situation légale de la langue française en Alberta. Ces notes lui ont sûrement été utiles lors de causeries et discussions à l’A.C.F.A.
DÉCORATION: « OFFICIER DE L’ACADÉMIE »
Les efforts d’Henri pour propager la langue française ne sont pas restés inaperçus. En effet. La République française lui conféra, au début de 1923, la décoration suivante: « Le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, nomme, le 10 février 1923, Monsieur de Savoye, Etienne Adolphe Félix Henri, Professeur de Français à l’Université d’Alberta Canada, OFFICIER D’ACADÉMIE« .
BIEN-ÊTRE GÉNÉRAL
Vers l’année 1924, Henri déménage de nouveau, cette fois au 10716 de la 80ème avenue, donc plus près de l’Université et à peu de distance d’où passe le tramway.
Henri, amateur de musique, avait toujours un piano au salon et il y jouait un peu tous les jours. Il assistait à tous les concerts donnés par l’orchestre symphonique d’Edmonton et y emmenait souvent un de ses enfants. A son exemple, les enfants apprenaient la musique..Louis jouait la clarinette..Michel prenait des leçons de piano..et France est devenue une pianiste accomplie.
Une autre chose. Lorsqu’il y avait quelques moments de libre, on pouvait sortir l’échiquier. Henri avait montré le jeu d’échecs aux enfants, et tous s’y intéressaient. Et bien sûr, avec le temps, ils parvenaient parfois à faire « échec et mat » à leur père.
En belle saison, la famille pouvait aller passer le dimanche après-midi dans le parc, au bord de la rivière. Et cela était souvent l’occasion de la prise de photos. L’été, Henri trouvait moyen de louer un chalet au bord d’un lac, ce qui permettait à tous de passer de belles vacances.
Évidemment, avec les années, les enfants commencèrent à quitter le foyer paternel. Cependant, même de loin, Henri était toujours là, veillant à les encourager et, au besoin, de leur venir en aide.
La maison devenant un peu grande, Henri déménage vers juillet 1929, au 10946 de la 82ème avenue. Cette nouvelle demeure, plus petite mais fort confortable, est située encore plus près de l’Université.
DÉCORATION: « OFFICIER DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ».
La République Française suivait toujours les activités d’Henri. Et en récompense de ses efforts en faveur de la langue française, elle lui décerna la décoration suivante: « Le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts nomme, le 1er juin 1931, Monsieur de Savoye, Étienne, Professeur de Français à l’Université de l’Alberta à Edmonton, Canada, OFFICIER DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE« .
AIDE AUX PROFESSEURS DE FRANÇAIS
Ses nombreux contacts avec les professeurs de français enseignant dans les « High Schools » amenèrent Henri a vouloir combler un besoin souvent exprimé, en créant un complément de lecture française intéressante, de difficulté grammaticale progressive et ayant un vocabulaire expliqué. Il publia, alors, pour envoi aux groupes d’étudiants abonnés, dans de nombreux High Schools de l’Alberta et ailleurs: L’AVENIR: (1931 à 1935)
Sous la forme d’un livret, ce journal pour les étudiants de la langue française paraissait mensuellement de septembre à juin. En 1933, une section élémentaire intitulée « Premier Pas » fut ajoutée comprenant un cours de grammaire française de première année, et ceci au moyen d’une histoire de « Paul Auray et sa Famille » et, plus tard, suivie de l’histoire de « Louis Rénal« . (N.B. Henri fît enregistrer les droits d’auteur de ces deux histoires.)
Ce journal céda la place, en 1935, à LETTRES DE FRANCE: (1935 à 1938).
Ces lettres, deux par semaine, étaient supposées être écrites par un frère et une soeur demeurant à Paris, racontant à leurs amis au Canada les détails de leur vie, une description des monuments à Paris, ainsi que des endroits où ils passent leurs vacances.
Et vers 1938, ces lettres cédèrent la place aux NOUVELLES DU MONDE: (1938 à 1942).
Une feuille de nouvelles actuelles intéressantes publiée deux fois par mois. Les envois étaient accompagnés d’une feuille séparée pour l’usage du professeur.
Également, en 1932, il publia un petit manuel de LA CONVERSATION FRANÇAISE (pour étudiants d’écoles supérieures). Ce livret comprenait 3 parties, dont: (1) des symboles de sons, (2) des exercices pratiques de conversation et (3), les règles générales de la prononciation française.
COURS DE CONVERSATION FRANÇAISE…À LA RADIO.
Afin d’atteindre encore plus de monde, Henri donna, vers 1932-1933, des cours de conversation française, au poste de Radio CKUA, les lundis et vendredis, de 5.30 à 6.00 heures p.m.
LA RETRAITE
Henri a été mis à la retraite en 1940, tout juste à l’approche de son 70° anniversaire. C’était une retraite bien méritée, après environ vingt ans de professorat. Mais cela n’a pas arrêté ses activités car il a continué à recevoir des demandes de cours privés, et cela jusqu’à vers sa 85° année!
LES ENFANTS
Ici, il serait peut-être à propos de dire quelques mots au sujet des enfants. D’abord George, qui aimait beaucoup l’aventure, s’en alla à l’âge de 17 ans, aux Etats Unis où il s’enrôla dans les U.S. Marines; cela lui a permis de voyager beaucoup et voir plusieurs pays; rassasié au bout de 8 ans, il est revenu à Edmonton à l’automne de 1929.
Louis, lui, après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur en 1924, s’est rendu d’abord à New York ou il a travaillé pour la Brooklyn Edison, ensuite il alla se fixer à Montréal.
Michel, qui avait enseigné deux ans en Alberta, est allé rejoindre Louis à Montréal en 1929. Tous les deux se sont mariés, Louis en 1933 et Michel en 1939. Quant à France, elle s’est mariée en 1939 avec Robert McDonald Hardy (Bob), un jeune ingénieur qui, sept ans plus tard, assumait le poste de Doyen de la Faculté d’Ingénieurs à l’Université de l’Alberta.
LA VISITE À MONTRÉAL
En 1942, en plein temps de guerre, l’on demanda à Bob de passer l’été à Montréal pour y effectuer certaines expertises. Et France a saisi l’occasion pour inviter Henri et Marie de les accompagner. Comme ils voyageraient en auto, passant par des autoroutes du nord des États-Unis, il fallait se documenter afin d’éviter toute difficulté frontalière. Alors Henri a obtenu un nouveau Certificat de Naturalisation (daté du 24 avril 1942, avec mention de l’ancien certificat du 2 novembre 1904). Également, il obtint un Passeport, pour lui et Marie, en date du 29 avril 1942.
Arrivés à Montréal vers la fin de mai, les quatre se logèrent dans une grande maison, meublée et confortable, située au bord d’un parc. Vous pouvez vous imaginer combien heureuses furent les retrouvailles, chez Louis et Jean (avec leurs trois enfants), et chez Michel et Henriette (dont le premier enfant n’était attendu que pour le mois de novembre). Suivirent toute une ronde de visites et de dîners.
Lorsque Bob était au travail, France se servait de l’auto pour faire visiter la ville à Henri et Marie. Souvent, Henri partait seul, à pied ou en tramway, pour constater combien la ville avait changé depuis sa dernière visite, en 1918! Il s’est vite rendu compte que ce n’était plus la même petite ville, sur- tout lorsqu’après avoir pris un tramway en pleine heure de pointe, il découvrit qu’un voleur à la tire lui avait subtilisé son portefeuille. Heureusement que ses papiers de conséquence étaient demeurés à la maison!
Enfin, c’était la fin des vacances. Et, vers la mi-août, il a fallu se dire au revoir…et Henri et Marie ainsi que Bob et France prenaient, bien à contre-cœur, la longue route de retour.
VISITE A VANCOUVER
Comme on l’a déjà vu, Henri s’intéressait beaucoup aux questions théosophiques. Tous les mercredi soirs, il prenait part aux discussions à la Loge Théosophique d’Edmonton. Et lorsqu’il s’est rendu à Vancouver, en novembre 1944, c’était sans doute à l’invitation d’un groupe d’intéressés, pour y livrer une causerie sur un sujet théosophique particulier.
RETOUR À L’UNIVERSITÉ EN 1945
Lors de la fin de la guerre de 1939-1945, beaucoup de militaires se sont pressés à s’inscrire à l’Université dès leur retour du front. Cela a eu pour effet d’augmenter considérablement le nombre d’élèves, de sorte qu’il manquait alors de professeurs. Pour faire face à cette situation, l’Université a fait appel a ses professeurs retraités. Ainsi rappelé en 1945, Henri donna encore des cours pendant près d’un an.
ON DÉMÉNAGE DE NOUVEAU
En 1946, Henri et Marie quittèrent leur maison pour aller demeurer à la « Casa Loma Apartments », Suite H, située au 10614 de la 98e avenue. Cet édifice se trouvait du côté nord de la rivière, tout près du centre-ville. C’était donc très commode pour les sorties d’Henri et de Marie, et également bien pratique pour les élèves qui continuaient à venir prendre des leçons privées de français.
LES « EDITORIAUX »
Les occupations ne manquent pas. Henri lit et écrit beaucoup. Vers les années 1947 à 1949, il prend plaisir à écrire des articles de fond (éditoriaux) sur une multitude de sujets d’actualité, en vue de susciter la réflexion du lecteur. Tous ces articles furent publiés dans divers journaux, dont la plupart dans « Le Clairon de St-Hyacinthe ».
LA CORRESPONDANCE
Henri passe une partie de son temps à étudier. Occasionnellement, il part avec Marie faire une marche dans le parc à côté. Il fait aussi beaucoup de correspondance. Il écrit à son frère Paul, en France, ainsi qu’à ses enfants, Louis et Michel, qui sont au Québec.
En 1952, il écrivait ceci à Michel lors du décès de sa chère épouse, Henriette: « II ne faut voir, dans une existence humaine, qu’un champ d’expériences ayant pour but la perfection spirituelle. C’est le but final de tout être humain. Il faut voir la vie de très haut. Rien n’est inutile; toutes les difficultés et les brisements qu’on éprouve sont des expériences nécessaires qui nous transforment, nous grandissent, nous ouvrent les yeux, dirigent nos regards vers la lumière totale. Il faut tout voir comme un acheminement vers un but suprême et considérer toutes les circonstances comme les gradins d’un escalier qui nous conduit à ce but. Alors on accepte les difficultés comme des expériences nécessaires, par lesquelles on est heureux d’avoir passé, après qu’on y a passé, parce qu’on s’aperçoit du progrès spirituel qu’on a accompli grâce à ces circonstances.
Tu remercieras un jour la Providence de t’avoir fait passer par les épreuves que tu as si courageusement traversées. C’est aussi les sentiments qui m’animent et illuminent le dernier stage de ma présente incarnation ». (H.de S.)
VISITES DES ENFANTS
Henri et Marie accueillaient avec joie les visites de leurs enfants qui demeuraient à l’autre bout du pays. Leur fils aine, Louis, s’est rendu à Edmonton plusieurs fois, de 1939 à 1962, pour de brèves visites, parfois avec Jean et les enfants, Paul, Douglas et Gordon. Également, Michel qui n’avait pas pu faire de visite depuis l’été de 1931, a eu le plaisir de revenir en juillet 1958, accompagné de sa deuxième épouse, Annette, et ses enfants Pierre et Robert.
Et, il va sans dire, que Henri et Marie avaient constamment la visite de France, ainsi que celle de George qui, après son retour des États-Unis en 1929, est resté à Edmonton, sauf pour une période vers 1942-1943 lorsqu’il est allé aider à la construction de la Route de l’Alaska.
LE DÉCÈS DE MARIE
Depuis quelque temps déjà, la santé de Marie allait en dépérissant, et cela malgré tous les soins et les bons conseils prodigués par Henri. En fin d’année 1958 et début de 1959, son état d’affaiblissement progressif a nécessité son hospitalisation. A l’âge de 81 ans, elle s’est éteinte le matin du 28 avril 1959, entourée de Henri, George, France et ses enfants. Lors des funérailles, le 30 avril, il y a eu une Grande Messe à l’Église Saint-Joachim, suivie de l’enterrement au Cimetière Holy Cross; et aussi tout un flot de condoléances et d’expressions de sympathie venant de Québec et d’Edmonton, etc. Après une longue vie heureuse ensemble de près de 57 ans, son départ a grandement affecté Henri, autant physiquement que moralement; à ce moment-là, Henri avait environ 88 ans!
THE MYSTERIOUS WISDOM
On a déjà vu que, depuis longtemps, Henri s’intéressait beaucoup aux questions théosophiques. Et au cours des années, il avait commencé à rassembler toutes ses notes, fruits de ses études et de ses réflexions sur la connaissance directe et l’union de l’esprit avec le Créateur…. et tout cela pour en faire un livre qui serait utile aux partisans de la théosophie. Finalement, vers 1957, le livre est pour ainsi dire fini. Tout ce qu’il manque, c’est une dernière révision, et le choix du titre à lui donner.
Maintenant, en 1959, les dernières touches faites, le livre est terminé, avec le titre « The Mysterious Wisdom« . Sans tarder, Henri le fait imprimer, et il voit a ce qu’il soit très bien distribué. ( A ce propos, sa fille, France, écrivait à son frère, Michel: « II y a des centaines d’exemplaires dans toutes les loges théosophiques du Canada et des États-Unis »).
LES DERNIÈRES ANNÉES
Après le décès de Marie, Henri aurait voulu continuer à demeurer en appartement. Même, il croyait pouvoir encore y donner des leçons de français. Mais, au bout de quelques mois, la chose devenant impossible, France et Bob l’invitèrent à venir demeurer chez eux, au 11615 Edinboro Road, tout près de l’Université. Là, il se trouva bien, n’ayant plus qu’à se reposer, faire un peu de marche aux alentours, et répondre aux lettres reçues.
Mais, vers mai 1961, sa santé dépérissante l’obligea à entrer à la « Good Samaritan Hospital », au 9666 de la 70ème avenue. Toujours lucide, il y faisait encore sa correspondance. Finalement, à la suite d’une chute qui lui brisa la hanche, suivie tôt après de malaises cardiaques, il s’est éteint le 3 janvier 1963 à l’âge de 91 ans, entouré de tous les siens.
Après le service funèbre, auquel assistaient les membres de la famille, ainsi qu’une dizaine de personnes de La Société Théosophique, le corps fut incinéré. Les cendres d’Henri furent distribuées par George, une partie répandue dans la belle vallée de la Sturgeon River (vallée qui ressemblait beaucoup à celle de la Qu’Appelle, tant aimée par Henri), et l’autre partie enterrée au Cimetière Holy Cross, à côté de Marie.
ÉPILOGUE-I.
Tôt après le décès d’Henri, George écrivait ceci à son frère, Michel: « Alors maintenant nous sommes orphelins! C’est la vie. Nous continuons en nous rappelant PAPA et MAMAN pour leur gentillesse et leur bonté. Personne n’aurait pu avoir de plus merveilleux parents! »
ÉPILOGUE-II.
Dans une lettre qu’il écrivait à son fils, Michel, le 1er octobre 1952, Henri explique comment il est devenu « Professeur de français » En voici un extrait:
« Je n’ai commencé à enseigner le français qu’après avoir pendant 15 ans, essayé de vivre de toutes sortes de métiers (magasin de liqueurs, avec M. Plisson, magasin d’épicerie, photographie, comptabilité chez Révillon). Et l’année même où je suis arrivé au Canada, un groupe de dames d’Indian-Head m’ont demandé de leur enseigner le français. Je les ai simplement envoyées au diable. Puis à Medicine Hat, le school-board m’a aussi fait des ouvertures pour enseigner le français.
Mais je te dirai que même après être arrivé à Edmonton, je considérais que le fait, pour un français, de faire sa vie à enseigner sa langue, était tomber très bas, montrer l’incapacité de gagner sa vie sur un pied d’égalité avec les personnes de langue anglaise, en luttant avec ces personnes sur leur même terrain, c.-à-d. un métier que tous peuvent exploiter. Tu vois comme j’étais bête, comme j’ai travaillé fort, me donnant beaucoup de peine à moi-même, et gardant ma famille dans une position financière très inférieure. Et cela quand les occasions de me lancer dans l’enseignement du français s’offraient à moi d’elles-mêmes.
Alors, quand on est si aveugle pour soi-même, comment donner des conseils aux autres? Et puis après que j’ai fini par gagner ma vie d’une façon assez suffisante, je ne regrette pas les difficultés par lesquelles j’ai passé. Je suis même content d’avoir eu l’occasion de développer certaines qualités que je n’aurais pas développées si la vie avait toujours été facile pour moi.
C’est la philosophie finale de la vie, la seule chose qui puisse vous rendre heureux. Je te raconte tout cela parce que je pense que cela te fera aussi apprendre à ne rien regretter, mais au contraire, à se trouver heureux de tout, des circonstances malheureuses encore plus que des heureuses, car ces dernières ne peuvent laisser que du regret, tandis que les premières donnent l’assurance que la vie n’a pas été inutile, puisqu’on a progressé. »