Trois brouillons de lettres
écrites par Charlotte (de Savoye) Mathieu,
destinées à son fils Henri de Savoye.
Transcription par Michel de Savoye
(archives GEN.0D9Za5)
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NOTES PRÉALABLES À LA LECTURE Anne Marie Charlotte Aline Michel est née en 1845, à Prémery (Nièvre). Les enfants de Charlotte, tous deux nés à Tannay, furent: Au moment du remariage de Charlotte, Henri a 14 ans et Paul, 10 ans. ________________________________________________________________________________________________________________________ |
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Paris ?, le .. juin 1896? Cher Henri, Ce que tu me racontes me navre. Du reste, cher ami, je te le répète, ce ne peut être que dans un certain cercle, oui alors, l’envie de causer fait dire bien des choses absurdes et le monde sera sévèrement jugé pour s’occuper de cette façon de la conduite de gens qui craignent, eux, pardessus tout, de parler des autres pour en dire du mal ou simplement pour s’occuper de leurs affaires. Car ne serait-ce pas défendu par les lois divines et humaines, qu’il est toujours mal de juger, parce que l’on ne peut connaître les motifs qui ont été la cause déterminante des actions. Je comprends que Dieu réserve des châtiments terribles aux péchés de la langue. |
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Entre autres choses, je puis dire que M. Mathieu ne m’a pas épousée par intérêt, car il lui était facile de se marier richement. Au contraire, il connaissait la triste situation dans laquelle me laissait M. de Savoye et il connaissait aussi les sacrifices faits par mon Père. Mais. en s’occupant de ces affaires avec mon Père, qui avait besoin d’un homme d’affaires pour l’aider, comme j’étais souvent présente, M. Mathieu connut vite et apprécia ma droiture et ma loyauté. Plus tard, connaissant par là ma nature opposée à celles de quelques femmes, il eût été heureux d’unir sa destinée à la mienne. Cependant, il hésitait et moi me trouvant seule sans force devant tant d’affaires à débrouiller le suppliai de me tirer de ce chaos qui m’épouvantait. Nous comptions que M. Mathieu pourrait gagner de l’argent et c’est moi qui, au début de notre mariage, désirai que M. Mathieu vendit son étude où M. de Savoye s’était ruiné et achetât Ste-Camille afin de s’y occuper d’agriculture, aidé d’un chef-de-culture qui fut Maringe, se trouvant là. Mais, il arriva qu’à cette époque, le bétail destiné à être engraissé au pré se trouvait chèrement acheté dans les foires et revendu à La Vilette, au prix qu’il avait coûté. Cela faisait une perte sèche, puisque la propriété ne nous rapportait rien de cette façon. Ce fut alors que M. Mathieu, pour améliorer encore les prés destinés à l’engraissement du bétail, fit installer le Bélier. Les travaux d’eau coûtent cher; je le savais et je n’étais pas d’avis qu’on en fît. Mais M. Mathieu pensa que cela était nécessaire. Cependant, c’était peu encore, relativement. Le remaniement de la maison a coûté, et c’est moi qui l’ai désiré, ainsi que la maison de ferme, malgré M. Mathieu qui a fini par céder. Il en fut de même pour le jardin de la maison et le jardin potager. Pour la voiture, je m’étais mis dans l’esprit, sans vanité, qu’il nous fallait une voiture fermée pour ne jamais manquer la messe du dimanche par les temps d’hiver. Je l’ai instamment demandée grande, toujours afin que vous y teniez avec nous, mes chers enfants, et M. Mathieu me donna un trois-quarts, et coûteuse bien que d’occasion. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’il fallut deux chevaux pour traîner cette lourde voiture. Nous en avions, car, tu sais que M. Mathieu avait, comme notaire, prêté à un entraîneur qui ne pût le payer qu’en chevaux. M. Mathieu pensa alors que faire courir ces chevaux pourrait nous rapporter. Il n’en fut rien et il fallut y renoncer. Les jockeys, les courses, notre train de maison, qui me paraissait rien mais qui, avec les domestiques de ferme et les nôtres, puis le chef-de-culture -allait très loin – l’argent filait, et c’était moi qui tenais la bourse. J’avais le tort de ne pas tenir ma dépense exactement en note. Mais, diras-tu, quel revenu aviez-vous? Nous comptions en avoir. Mais, tu as vu déjà comment Ste-Camille ne rapportait rien ou peu de choses. Nous espérions toujours que, de ce coté, l’année suivante serait meilleure que la précédente, et ainsi de la maison de commerce qui ne nous a jamais que fort peu rapporté, voici comment:- Nous y fîmes des aménagements coûteux que je conseillai, sauf le salon et la salle à manger qui furent mis en magasins sur la demande de M. Lamdin. J’eus moi, la malencontreuse idée de joindre de nouveaux articles. Il fallait payer le gérant en plus du personnel, de sorte que nous ne tirions que peu du loyer ni du commerce. Pourquoi encore du commerce? Déjà, du vivant de mon Père, les affaires de la maison s’étaient restreintes et, justement avec le nouvel aménagement, l’arrivée de M. Lamdin, jeune et versé dans le métier du commerce, nous pensions relever la maison. Mais la Maison Clerc continua à prendre de l’importance et à restreindre notre épicerie, sans compter les grandes maisons qui envoient en province. D’un autre coté, les fils Cirodde prenaient, pour relever la maison de leur Père, le parti de voyager, cernant Tannay, Cuzy et Amozy compris dans leur clientèle. Les magasins de Paris vendant également en province, la vente des tissus se trouvait de plus en plus compromise. M. Lamdin adjoignit la confection d’homme et eut l’idée de voyager pour faire l’épicerie en gros. Il s’en donna la peine. Il fallut un grand camion, deux chevaux, le domestique toujours en voyage pour les livraisons, D’un autre côté, M. Lamdin voyageait pour prendre les commissions. On faisait un beau chiffre d’affaires. On payait M. Lamdin, le personnel, de lourds impôts, et pour nous presque rien. Pourquoi cela? L’épicerie ne donne qu’un petit bénéfice, surtout vendu en gros, et l’accroissement de frais généraux qu’avait nécessité ce mode d’affaires, engouffrait tout.Cependant, on espérait toujours accroître les affaires sans augmenter les frais généraux. Au lieu de cela, les maisons Clerc et Girodde gagnaient du terrain, et les frais généraux marchaient toujours. Il ne fallait pas compter céder la maison tant qu’il y aurait un gérant; les personnes qui n’ont pas été dans les affaires ne comprennent pas cela. Je voyais que nous n’avions de revenus d’aucun côté et je priai M. Mathieu de reprendre la maison de commerce. Nous aurions pu même le faire plus tôt, nous étant réservé dans l’acte passé avec M. Lamdin de reprendre la maison si les résultats donnés n’étaient pas ceux déterminés par l’acte. Ce n’est qu’une fois à la tête de cette affaire que je pus voir ce qu’elle avait perdu, non de la faute de M. Lamdin, mais par la concurrence des maisons voisines. Je crus qu’elle pourrait se relever encore en supprimant les frais de la gérance. Nous ne pouvions garder la clientèle de gros qui était un gouffre. Mais, ce changement, qui cependant s’imposait, amena une nouvelle perturbation dans la marche des affaires et, de plus en plus, les maisons environnantes, organisées et posées par les années d’existence, durent continuer à grandir. Tu sais le reste. Voila donc que, au lieu de toucher de l’argent de la maison de commerce, il nous a fallu, à plusieurs reprises, arriver au secours de M. Lamdin pour le paiement des fins de mois. C’était ruineux. Ici, la visite de ma bonne Aline. Je courus chercher le projet de cette lettre – confession des fautes irréfléchies que je viens d’accuser plus haut. Rien ne doit retomber sur M. Mathieu qui a, au contraire, été trop malheureux à cause de nous pour que nous n’ayions pas, au moins, le souci de servir la justice lorsqu’il s’agit de lui. C’est ce dont j’ai entretenu Aline qui me répondit: Mais, ma pauvre amie, on croyait à mon frère une fortune de six cent mille francs! La foudre tombant à mes pieds ne m’eût pas surprise davantage! et j expliquai à Aline que nous en avions à peine la moitié et encore, en donnant aux immeubles une valeur qu’ils ne doivent certes pas avoir aujourd’hui. Il eût fallu pour cela, additionner; -Ma dote de soixante mille francs, engloutie dans la Succession; Or, jamais M. de Savoye n’eût à me donner que deux toilettes. Ma mère subvenait à tout mon entretien, de quelque nature qu’il fût, à tout le vôtre, mes chers enfants, et faisait entièrement entretenir le linge de ma maison. Je passe les mille dépenses impossibles à énumérer, Les soixante mille francs de ma Tante Soupe se sont trouvés, à certaine époque, réduits à 40,000; mais, en revanches mon Père payait à ma Tante Soupe une rente viagère de douze cents francs. De tout cela, avec les dépenses que nous eûmes à faire au début de mon mariage avec M. Mathieu: Installation nouvelle de la maison de commerce; mise de fonds pour l’achat du bétail, instruments aratoires, etc. pour Ste-Camille, aménagements à Ste-Camille déjà détaillés; – il ne nous restait guère que les immeubles et les marchandises. Nous avons vu ce que rapportaient les marchandises, non plus que la maison de commerce, la maison Lamothe, la maison Sanle, comprises dans le loyer de la Société Laradin et Oie. Restaient les champs morcelés d’un bien petit rapport de fermage. Restaient les vignes. Tout le monde sait naturellement que, pour cette récolte, les mauvaises années ont succédé aux mauvaises années et que, entre autres, lorsque les années ont été meilleures, notre vigne de Soligny a gelé jusqu’à deux fois la même année. Et il fallait payer les vignerons et autres frais. Mais, Ste-Camille, nous l’avions donc acheté sans espoir de le payer, ou du moins légèrement? Non, loin de là. M. Mathieu et moi avions examiné toutes les sommes à réunir. D’abord, ce que M. Parquignon doit encore à M. Mathieu, affaire qui n’est pas terminée. Puis des sommes venant de mon Père, de M. Mathieu enfin, tout était prêt. Mais, nous avions compté sans les événements. Le procès Poivre arriva, puis d’autres. Des remboursements à faire à des créanciers de la Succession et que nous avions compté faire avec des sommes ou des revenus qui fuyaient comme nous venons de le voir. Avec les procès vinrent les avocats, les hommes d’affaires, les voyages à Bourges et les courses continuelles à Clamecy. Il fallait de l’argent, puis encore, puis toujours. Il fallait emprunter et payer des intérêts. Toutes les sommes que nous croyions toucher s’éloignaient comme par un fatal enchantement. En outre, nous avions un bail à Tannay, maison Gauthereau Juilly, la rente de douze cents francs à ma Tante Soupe, une pension à Madame Mathieu qui nous avait abandonné sa propriété de Dornes. Mais, comme cela se fait dans ce pays, cette propriété n’étant pas louée, mais exploitée par un laboureur, et là encore, étant donné le malheur des années, il fallait faire des améliorations. Plus tard, nous ne pouvions plus servir la rente de Madame Mathieu. Elle dut habiter avec nous. Nous vendîmes Dornes pour aider, nous prîmes le parti de louer Ste-Camille, mais l’engrenage était là. Le retard d’intérêts à payer, tout était un nouveau motif d’un surcroît d’embarras pécuniares de cumulés. Et nous le cachions à cette pauvre Madame Mathieu, autant que nous le pouvions pour ne gâter son existence. Pour achever de nous embourber, il était dû à M. Mathieu, comme notaire, une somme sur l’hôtel Bonin. Pour se sortir de là, M. Mathieu crût bien faire en achetant l’immeuble dont il crût facilement se défaire. Cet immeuble s’est trouvé sans la valeur que nous lui supposions. Tu as vu ensuite comment on l’a loué à Frochat et ce que l’on a retire de cette location. Cependant, à ce moment, nous espérions toujours dans la maison de commerce. Pour ne pas laisser l’hôtel perdre sa valeur après Frochat, on essaya de le faire exploiter. Là, tu as vu comme on dut y renoncer. Enfin, plus tard, pour d’autres sommes à payer pour la Succession, il fallut faire des sacrifices inouis. Mon bien cher Enfant, quant à ce que j’ai pu assurer à M. Mathieu par contrat de mariage en cas de dissolutionde la communauté, si je l’ai fait c’est que je l’ai cru juste et bon de le faire. Juste et bon, parce que nous arrivions trois personnes, que je ne voulais rien épargner pour vous et que, sans les prévoir tous, -non Grand Dieu!- je savais que nous apportions à M. Mathieu les plus grands soucis et la plus difficile des situations à liquider. Enfin, les enfants qui veulent juger leurs parents se trompent toujours. Je le dis sans amertume. Tu dois voir au contraire avec quel soin j’ai écarté toute idée personnelle quant au chagrin que, sans le vouloir, vous m’avez causé ces jours derniers. Dieu sait que ma plus grande peine serait la vôtre et que, dans le passé comme dans l’avenir, vous avez été toujours, et serez toujours, mon but le plus sacré, et je puis dire devant Dieu que l’affection de père que vous porte M.Mathieu est égale à la mienne. ( Votre mère affectueuse, ) ._________ ( Charlotte ) |
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Cher Henri, Une réponse au sujet des bruits que l’on fait courir à Tannay. Je dois dire d’abord, que M. Mathieu ne m’a pas épousée par intérêt, mais par estime. Il lui eût été facile de se marier richement; tout au contraire, il connaissait la triste situation dans laquelle m’avait laissée M. de Savoye et connaissait de même l’étendue des sacrifices faits par mon Père pour cette malheureuse affaire. Mon Père qui avait été obligé de s’en occuper à cause de l’état de santé de M. de Savoye, avait besoin de s’appuyer sur les connaissances d’un homme d’affaires. M. Mathieu, en l’aidant, et en se trouvant en contact avec cette loyale nature, que je secondais de tous mes efforts, connut et apprécia la droiture de mon caractère. Plus tard, je fus trop heureuse de trouver un appui, mesurant la profondeur de l’abîme ouvert sous mes pieds. |
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Nous savions qu’il était nécessaire que M. Mathieu pût gagner de l’argent et c’est moi qui, au début de notre mariage, désirai que M. Mathieu se défît de l’étude où s’était ruiné M. de Savoye et achetât Ste-Camille, afin de s’y occuper d’agriculture, aidé d’un chef de culture qui fut Maringa. Puis,il arriva qu’à cette époque, le bétail destiné a l’engraissement du pré, était chèrement acheté dans les foires et revendu à la Vilette, à peu près au prix qu’il avait coûté. Cela constituait une perte sèche, puisque le rapport de la propriété devenait nul, sans empêcher les frais d’exploitation. Ce fut alors que M. Mathieu, pour améliorer encore certaines prairies et rendre, par là, l’engraissement plus rapide, fit installer le Bélier. Les travaux hydrauliques coûtent cher; je le savais et me trouvais peu d’avis qu’on en fît. M. Mathieu jugea cette installation très nécessaire, Le remaniement de la maison de Ste-camille a coûté; mais c’est moi qui l’ai désiré, ainsi que la maison de ferme, le jardin de la maison et le jardin potager malgré M. Mathieu à qui je forçais la main. Je m’étais imaginé aussi, pensant que cela était nécessaire, qu’il nous fallait une voiture fermée pour les courses d’hiver. Je l’ai instamment demandée grande afin que vous y teniez avec nous, mes chers enfants. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’il fallut deux chevaux pour la traîner. Nous en avions. Comme notaire, M.Mathieu avait prêté de l’argent à un entraîneur et ce fut conme cela que nous eûmes Good et Clovis. M. Mathieu crut alors que faire courir serait un rapport. II n’en fut rien, (Note : ce brouillon s’arrête ici) |
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Cher Henri, Une réponse au sujet des bruits que l’on fait courir à Tannay. Je dois commencer par dire que M. Mathieu ne m’a pas épousé par interêt mesquin, mais par estime. Il lui était facile de se marier richement et, tout au contraire, il connaissait, de même, la triste situation dans laquelle m’avait laissée M. de Savoye et il connaissait, de même, l’étendue des sacrifices faites par mon Père pour cette malheureuse affaire. Mon Père, qui avait été obligé de s’en occuper à cause de l’état de santé de M.de Savoye, avait besoin de s’appuyer sur les connaissances d’un homme d’affaires. M. Mathieu, en l’aidant et en se trouvant en contact avec cette nature si loyale que je secondais de tous mes efforts, connut et apprécia la droiture de mon caractère. Plus tard, je fus trop heureuse de trouver un appui en mesurant l’étendue d’un abîme qui m’épouvantait. Nous savions qu’il était nécessaire que M. Mathieu gagnat de l’argent et c’était moi, au début de notre mariage, désirait que M. Mathieu sa défît de 1’Étude où M. de Savoye s’était ruiné et achetât Ste-Camille, afin de s’y occuper d’agriculture, aidé d’un chef d’agriculture, qui fut Maringe. |
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Mais, il arriva qu’à cette époque, le bétail destiné a être engraissé au pré était chèrement acheté dans les foires et revendu à La Vilette, à peu près au prix qu’il avait coûté. Cela constituait une perte sèche, puisque le rapport de la propriété devenait nul, sans empêcher les frais qu’elle nécessitait. Ce fut alors que M. Mathieu, pour améliorer encore les prés destinés à l’engraissement, fit installer le Bélier. Les travaux hydrauliques coûtent cher; je le savais et je n’étais pas d’avis qu’on en fit; mais, M. Mathieu jugea que c’était là une dépense nécessaire.Le remaniement de la maison de Ste-Camille a coûté; mais c’est moi qui l’ai désiré, ainsi que la maison de ferme, le jardin de la maison, et le jardin potager, malgré M. Mathieu, auquel j’ai forcé la main. Je m’étais imaginé aussi, pensant que cela était nécessaire, qu’il nous fallait une voiture fermée pour les courses d’hiver. Je l’ai instamment demandée grande afin que vous y ayiez votre place, mes chers enfants. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’il fallait deux chevaux pour la traîner. Nous en avions déjà; M. Mathieu avait, comme notaire, prêté de l’argent à un entraîneur qui le paya avec des chevaux. M. Mathieu pensa qu’en les faisant courir ce serait un rapport. Il n’en fut rien et il fallut y renoncer. Les jockeys, les courses, notre train de maison, qui paraissait peu mais qui, avec les domestiques de ferme et les nôtres, le chef de culture, tout cela allait loin. J’avais la bourse mais, diras-tu, quels revenus aviez-vous? Nous comptions toujours en avoir et espérions en l’année suivante. Tu as vu déjà comment Ste-Camille rapportait peu de chose et insuffisamment. La maison de commerce marchait du même train: voici comment. Nous y fîmes des aménagements coûteux que je conseillai. Sauf le changement de destination du salon et de la salle à manger, convertie en magasins un peu plus tard, sur la demande de M. Lourdin. J’eus, moi, la malheureuse idée de faire joindre de nouveaux articles. Il fallut pour cela que nous y mettions des fonds, d’autant plus que M. Lourdin désira, lui, adjoindre la confection d’homme. Avec la nouvelle organisation, il fallait payer le gérant. Finalement, la maison de commerce, immeubles et marchandises nous rapportaient rien. Pourquoi? Déjà, du vivant de mon Père, les affaires de la maison s’étaient restreintes, et nous pensions qu’avec le nouvel aménagement, l’arrivée de M. Lourdin, jeune et fait au commerce, on relèverait vite les affaires. Mais, Clerc continua a prendre de l’importance et à restreindre notre épicerie, sans compter les grandes maisons qui envoyèrent de plus en plus en province. D’un autre coté, la maison Girodde père était relevé par les fils Girodde qui prenaient le parti de voyager, cernant Tannay, au point de comprendre Cuzy et Amozy dans leur clientèle. Les magasins de nouveautés de Paris commençaient à faire un tort devenu appréciable et la vente des tissus, elle aussi, se trouva de plus en plus compromise. M. Lourdin, qui avait adjoint la confection d’homme eût l’idée de voyager pour faire l’épicerie en gros. Il s’en donna la peine. Il fallut un grand camion, deux chevaux au lieu d’un, et le domestique toujours en voyage pour les livraisons. D’un autre coté, M. Lourdin voyageait pour prendre les commissions. On faisait un beau chiffre d’affaires; on payait M. Lourdin, le personnel, de lourds impôts, mais pour nous, il n’y avait que trop peu. Pourquoi cela? L’Épicerie ne donne qu’un petit bénéfice, surtout vendu en gros, et l’accroissement de frais généraux, qu’avait nécessité ce mode d’affaires engouffrait tout. Cependant, on avait l’espoir d’accroître le chiffre d’affaires sans augmenter les frais généraux. Au lieu de cela, les maisons concurrentes gagnaient du terrain, et nos frais marchaient toujours. Il ne fallait pas compter céder la maison tant que le gérant serait là. Je sais que les personnes qui n’ont pas été dans les affaires ne comprennent pas cela. Je voyais une situation sans revenus et je priai M. Mathieu de reprendre la maison de commerce. Nous avions tous les droits possibles de la reprendre même plus tôt; nous nous étions réservé dans l’acte passé avec M. Lourdin de reprendre cette maison si les résultats obtenus n’étaient pas ceux déterminés par l’acte. Une fois à la tête de la maison, nous vîmes qu’il n’était pas possible de garder la clientèle de gros qui devenait un gouffre. Mais, ce changement, tout en s’imposant, amena un malaise dans la marche des affaires et, de plus en plus, les maisons environnantes durent continuer a grandir. Tu sais le reste, bien cher ami. Ansi, il nous est arrivé, au moins à deux reprises différentes, d’être obligés de venir au secours de M. Lourdin pour des échéances de fin de mois: c’est tout dire! Pendant que je faisais le projet de cette note est arrivée ma bonne Aline, juste à cet endroit. Je courus lui chercher le mot que je t’écrivais et je lui dis: rien ne doit retomber sur M. Mathieu qui, au contraire, a été trop malheureux à cause de nous pour que nous n’ayions pas, au moins (Note : ce brouillon s’arrête ici) |
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